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PREMIERE PARTIE: RECHERCHES, HÉTÉROSEXISME & HOMOPHOBIELes recherches L’approche plurifactorielle, qui comme son nom l’indique consiste à prendre en compte l’interaction de plusieurs facteurs dans la compréhension d’un sujet spécifique, a mis en évidence la diversité normale et naturelle de la sexualité humaine. Seulement voilà, la diversité peut faire peur. Il est effectivement difficile de contrôler une force vitale telle que la sexualité si l’on accepte sa complexité et sa richesse. En analogie à la maxime ‘diviser pour régner’, on pourrait appliquer dans ce contexte une autre : ‘simplifier pour mieux contrôler’. Se condense dans cette idée le principal problème des recherches scientifiques ayant pour objet la sexualité humaine. Un problème qui explique la divergence des résultats et la difficulté des chercheurs à aboutir à un consensus sur le sujet. On connaît depuis Foucault la volonté des systèmes politiques et des pouvoirs de contrôler la sexualité des peuples afin de récupérer son potentiel libidinal et l’exploiter à son profit. Dans cet esprit, il n’échappe à personne que le financement des études sur la sexualité et a fortiori sur l’homosexualité soit politisé à outrance tant par les conservateurs que par les activistes pro-gays. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle on entend souvent les gens se prononcer « pour » ou « contre » l’homosexualité…comme s’il s’agissait de prendre position pour ou contre un programme politique. Il n’est pas demandé d’être ‘pour’ ou ‘contre’ les personnes homosexuelles, il est juste demandé d’accepter une réalité de fait sans se sentir menacé dans sa propre sexualité. Car n’est-ce pas de cela qu’il s’agit ? Au fond c’est une autre question qui est posée : « êtes-vous pour ou contre la visibilité des homosexuel(le)s ? », car finalement il n’est de secret pour personne que l’homosexualité a toujours existé et existera toujours car elle forme l’une des couleurs de la sexualité humaine. Dans ce contexte, on assiste à une prolifération d’études biaisées dans leur méthodologie (faible neutralisation des variables, biais dans la sélection des échantillons, biais dans l’analyse des résultats, faiblesse des facteurs de fiabilité et de validité, etc.). Tous ces biais sont presque impossibles à repérer pour les lecteurs non avertis et non initiés. D’un côté les groupes religieux travaillent à financer des études pour prouver que l’homosexualité est acquise et qu’elle peut donc être traitée (la thérapie ‘réparative’) et à l’autre extrême les organismes pro-gay rétribuent des chercheurs pour prouver que l’homosexualité est innée (génétique) est donc ‘irréversible’. A la lumière des avancées dans le domaine scientifique et loin du fondamentalisme religieux ou à l’opposé, de l’activisme politisé à outrance des associations LGBT, nous avons tenté de synthétiser autant que possible les découvertes les plus récentes et de les présenter au public. La rédaction de ce livret s’est basée sur une sélection de recherches qui ont été menées indépendamment de tout organisme pro-gay ou antigay. Comment ont été sélectionnées ces études ? A partir du critère intégratif, c’est-à-dire de la mise en relation et de l’intégration des données psychanalytiques, biologiques, génétiques et sociales. En effet, après de nombreuses années passées à se quereller autour d’un débat inné/acquis qui s’est avéré totalement stérile dans le domaine de l’humain, les chercheurs privilégient depuis environ une décennie l’approche plurifactorielle. Pourquoi ? Car elle s’est révélée être d’une importance capitale puisqu’aucun point de vue n’a réussi à prouver sa prétention à couvrir entièrement la compréhension d’une dimension aussi complexe que l’organisme et le psychisme humain. A fortiori la sexualité humaine. Deux phénomènes sociaux semblent influencer massivement la perception qu’ont les gens – quelle que soit leur orientation sexuelle – de l’homosexualité et de la bisexualité. L’hétérosexisme N’oublions pas, que derrière toutes les études se cachent des chercheurs. Ce sont avant tout des hommes et des femmes élevés dans les valeurs et les systèmes de pensée de la société et de l’époque auxquelles ils appartiennent. Lorsqu’il s’agit d’un objet de recherche telle que la sexualité humaine, il est presque impossible pour les chercheurs, à moins d’en prendre conscience, de ne pas être influencés par l’idéologie et les valeurs dans lesquelles ils ont baigné depuis leur enfance. Or les recherches scientifiques ont pour visée d’être aussi objectives que possible. Pour ce faire, la première étape a été de repérer la ou les variables qui forment cette subjectivité. Dans l’espoir de neutraliser cette variable (subjectivité des chercheurs) lors des recherches, G.HEREK et G.WEINBERG se sont penchés (séparément) sur cette question dans les années 60-70. C’est ainsi qu’ils ont découvert, à travers l’analyse d’entretiens et de questionnaires menés auprès des chercheurs concernés, l’idéologie sous-jacente aux recherches sur l’homosexualité. Lui trouvant une analogie avec les idéologies racistes et sexiste Herek l’a nommé « Hétérosexisme ». Qu’est-ce que l’hétérosexisme ? C’est « un système idéologique qui dénigre, nie et stigmatise toute forme de comportement, identité, relation et communauté non-hétérosexuelles » (G. Herek, 1990). L’hétérosexisme opère sur la base d’un double processus : l’invisibilité et l’attaque. Selon ce système de pensée, l’homosexualité doit rester invisible. Si elle devient visible alors elle doit être attaquée. C’est une idéologie qui définit l’hétérosexualité comme étant supérieure, sur tous les plans, à toute autre forme d’orientation sexuelle. Lorsqu’on interroge les individus qui adhèrent à cette notion (souvent sans même en prendre conscience), il est frappant de réaliser la logique tautologique qui la justifie : « Pourquoi un couple hétérosexuel serait plus normal et plus sain qu’un couple homosexuel ? ». Réponse : « Quelle question ! Mais…c’est pourtant évident ! C’est un état de fait, un couple hétérosexuel est normal par définition ! ». Pourtant cette argumentation n’a pas satisfait nos chercheurs, ce qui les a amenés à aller encore plus loin. D’une part, l’hétérosexisme semble alors naître d’une vision uniquement procréatrice de la sexualité humaine. Comme si le but ultime de toute activité sexuelle était la procréation. Dans cette perspective, c’est forcément l’hétérosexualité qui a droit à l’estime et à la reconnaissance. Si l’on suit cette logique, qui ne prend en compte que la biologie, que penser alors des couples hétérosexués stériles ? Et des femmes ménopausées ? Ils gardent, malgré l’absence de but procréatif, une vie sexuelle active et pleine…Réduire la vie sexuelle au biologique c’est aussi oublier la dimension psychique de l’être humain. Car si celui-ci est le plus évolué des mammifères c’est en premier lieu grâce à la richesse et à la complexité de son psychisme. Un psychisme qui n’en finit pas de façonner nos buts et nos comportements. La vie sexuelle de l’être humain comporte donc aussi une dimension psychique non négligeable. Cette dimension a même un nom : le désir. Or celui-ci transcende l’instinct reproductif. D’autre part, la vision binaire du monde qui régit la majeure partie des sociétés et des systèmes de pensée réduit notre univers à deux pôles : bon/mauvais, normal/pathologique. Ces couples d’opposés étant souvent confondus implicitement avec majorité/minorité (la majorité dictant la norme, le bon…). On comprend mieux alors l’hétérosexisme farouche des institutions religieuses monothéistes qui ont du mal à accepter la notion de désir dans la sexualité humaine en général et qui propagent une vision manichéenne du monde. L’hétérosexisme est ainsi institutionnalisé et érigé comme une valeur morale. En découle la difficulté à ouvrir les esprits vers des formes d’idéologies moins réductrices de la sexualité humaine et même de l’humain en général. Les scientifiques de tous bords tendent à l’heure actuelle vers un système de pensée multipolaire qui intégrerait toute la complexité de notre monde, un peu à l’image du monde géopolitique qui se dessine de plus en plus devant nous. Se représenter la sexualité humaine simplement sous l’angle du binôme normal/pathologique et d’une visée procréative c’est faire abstraction d’Eros, abstraction du désir, c’est aussi faire abstraction de la richesse de notre sexualité. Nous aimerions souligner à titre d’exemple, une conséquence assez subtile de l’hétérosexisme que nous avons pu repérer au cours de notre travail clinique : nous avons rencontré plusieurs personnes homosexuelles (hommes et femmes) qui se plaignaient d’avoir un léger trouble de l’identité sexuée, certains allant jusqu’à exprimer par moment, mais sans grande conviction, le désir de changer de sexe. Au fur et à mesure du travail thérapeutique, de l’acceptation de leur homosexualité, d’une revalorisation de soi et de leur intégration dans une communauté gay et lesbienne, cette plainte a étonnement disparu. En fait, le travail thérapeutique a permis de situer le problème et de dévoiler la véritable idée sous-jacente à cette plainte et ces désirs. Une idée qui s’est construite inconsciemment, au cours du développement de ces personnes et qui pourrait se résumer de la manière suivante: ‘si je suis une femme et que j’aime une femme, alors cela voudrait dire que je devrais être un homme puisque ce sont seulement les hommes qui sont censés aimer les femmes ! (et vice-versa). L’hétérosexisme entraîne automatiquement un autre phénomène qui se situe lui, au niveau des comportements et des attitudes : l’homophobie L’homophobie Phénomène social décrit par le Dr G. Weinberg en 1969, l’homophobie renvoie aux attitudes et comportements basés sur une répulsion des personnes homosexuelles ou de leur style de vie ou de leur culture. C’est un phénomène social ancré dans les idéologies culturelles et les relations intergroupes. Les scientifiques préfèrent utiliser le terme de ‘préjudice sexuel’. Deux raisons pour cela. Premièrement, le terme homophobie inclus un aspect clinique phobique qu’on ne retrouve pas nécessairement dans la réalité. Deuxièmement, le terme ‘préjudice sexuel’ reflète mieux les graves conséquences que ces comportements et attitudes peuvent avoir sur les victimes. Néanmoins, nous utiliserons dans ce livret le terme ‘homophobie’ car il est mieux connu du grand public. On trouve plus d’homophobie chez : les hommes, chez les personnes âgées, chez les personnes ayant un bas niveau d’éducation, dans les régions où les attitudes négatives vis-à-vis de l’homosexualité sont la norme (Moyen Orient, Midwest et Sud des États-Unis, zones rurales, etc.). Quant au facteur politique et religieux : l’homophobie est une attitude qu’on retrouve chez la plupart des institutions ou groupes religieux et chez les groupes politiques les plus radicaux et les plus conservateurs. Son degré augmente en fonction du degré de rigidité et de conservatisme de ces institutions. Les personnes autoritaires, les personnes très peu permissives sexuellement et qui ont une conception traditionnelle des rôles liés à l’identité de genre sont plus homophobes que les autres. Il en est de même pour ceux qui pensent que l’homosexualité est un choix et ceux qui ont très peu de contact avec des personnes homosexuelles ou qui ont eu une expérience négative avec un individu homosexuel. Dans ce dernier cas, la responsabilité de cette mauvaise expérience est attribuée, consciemment ou inconsciemment, à l’homosexualité de cette personne même si la véritable cause se situe ailleurs (traits de personnalité, absence d’affinité, etc.). Pour essayer de comprendre les motivations, souvent inconscientes, des attitudes et des comportements homophobes, nos scientifiques ont fait appel à la notion de fonction. Chaque attitude ou comportement sert une fonction. Lorsque la fonction est d’ordre symbolique, notre attitude exprime soit nos valeurs et nos croyances, soit notre appartenance à un groupe social, soit notre mécanisme de défense contre une anxiété personnelle liée à un conflit psychique inconscient. Lorsque la fonction est de l’ordre de l’expérience c’est une manière d’organiser et de donner du sens à nos expériences individuelles. Prenons l’exemple des attitudes homophobes : si l’attitude sert une fonction symbolique de l’ordre de l’appartenance alors le message serait : « mon attitude prouve à moi-même et aux autres que je fais partie de tel groupe et cela me rassure ». Homophobie Intériorisée Lorsque des personnes grandissent dans un milieu homophobe et qu’elles se découvrent ultérieurement homosexuelles, elles peuvent alors souffrir d’une homophobie intériorisée : elles sont alors homosexuelles ET homophobes. Les effets de l’intériorisation de l’homophobie peuvent être très nocifs pour la santé psychique de la personne ainsi que pour la qualité de leurs relations amoureuses (Cabaj & Stein 1996). - Mauvaise estime de soi L’intensité de ces effets varient en fonction des individus et du degré d’homophobie ambiante et leurs conséquences peuvent être dévastatrices ; allant d’attitudes autodestructrices en passant par des comportements sexuels compulsifs et à risque jusqu’à la consommation de toutes sortes de drogue. Le clivage entre comportement sexuel et émotions peut se manifester de diverses manières dont entre autres : peur des relations amoureuses longues et stables car elles réveillent les émotions, multiplication des partenaires avec difficulté à éprouver des sentiments amoureux, etc. Certaines personnes croient avoir accepté leur homosexualité car elles ont des partenaires sexuels…sauf qu’elles n’arrivent presque jamais à se stabiliser dans une relation car celle-ci exige un investissement affectif et amoureux qui lui n’est pas tout à fait encore accepté, vestige de l’homophobie intériorisé. Certes, ce clivage entre comportement sexuel et sentiments amoureux est très fréquent dans la sexualité masculine en général, mais il se retrouve encore plus intensément dans la communauté homosexuelle masculine. Il semblerait que ce clivage soit nettement moins fréquent dans la population homosexuelle féminine, en raison peut-être du rôle primordial que joue l’intimité émotionnelle dans la sexualité féminine (cf. Complément). Cela ne veut pas dire que les femmes homosexuelles ne souffrent pas d’homophobie intériorisée et que celle-ci n’affecte pas leur relation amoureuse. Il semblerait seulement que l’homophobie intériorisée des lesbiennes perturbe leurs relations amoureuses le plus souvent à travers les autres séquelles (mauvaise estime de soi, etc.) qu’à travers le clivage de la sexualité. Cette intensification serait-elle due au fait que les deux partenaires soient des hommes et que donc les caractéristiques qu’on retrouve ordinairement dans la sexualité masculine hétérosexuelle sont intensifiés dans l’homosexualité masculine ? Ou s’agirait-il plutôt des conséquences de l’homophobie intériorisée ? On pourrait penser que c’est l’interaction de ces deux facteurs qui intensifie ce mécanisme de défense. Tous ces symptômes, causés en grande partie par la discrimination et la stigmatisation ont abusivement été attribués à l’homosexualité elle-même. Pourtant, la clinique psychanalytique et psychiatrique nous fournit quotidiennement des exemples de personnes hétérosexuelles souffrant des même symptômes mais pour des raisons diverses, souvent liées à l’histoire personnelle et familiale des individus. Toute personne, quelle soit homosexuelle ou hétérosexuelle, souffrant d’une image de soi dévalorisée, d’insécurités et de haine de soi ou de clivage entre comportement sexuel et sentiments amoureux, a forcément des difficultés dans ses relations amoureuses et affectives : comment peut-on aimer et accepter d’être aimé(e), lorsqu’on ne s’aime pas déjà soi-même ? Le processus dynamique sous-jacent à l’homophobie intériorisée - DOWNEY, J.I & FRIEDMAN, R.C (1995) Le conflit chez les personnes souffrant d’homophobie intériorisé est d’ordre intrapsychique. Il se situe entre leur Moi et leur Surmoi (valeurs et interdits parentaux intériorisés) ou leur Idéal du Moi. Les contenus de leur Surmoi ou de leur Idéal du Moi sont en conflit direct avec leur orientation sexuelle. Ces souhaits, peurs et conflits entraînent une image dévalorisée de soi et peuvent être inconscients. La personne peut en effet, ne pas être consciente de ses sentiments de culpabilité, de honte ou de haine de soi. De son point de vue, la plainte principale concerne des difficultés relationnelles ou professionnelles ou alors des sentiments d’anxiété ou de dépression sans cause connue. Il arrive que certains individus soient conscients de leurs attitudes et sentiments intensément négatifs concernant diverses dimensions de leur homosexualité. Mais ils ne font ni le lien entre ces sentiments et leur plainte, ni le caractère irrationnel de ces attitudes. Comment traiter l’homophobie intériorisée (H.I) ? Nombre de personnes ayant une homophobie intériorisée n’ont pas nécessairement besoin de psychothérapie, les séquelles de cette H.I disparaissent au fur et à mesure de leur intégration dans une communauté gay et lesbienne et au fur et à mesure de leur processus de découverte et d’acceptation de leur homosexualité. L’intégration dans une communauté gay et lesbienne contribue de manière importante à développer une image positive de soi en « extériorisant l’ennemi, le plaçant en dehors du self, en validant les sentiments et expériences des individus, en éliminant l’isolation, et en encourageant un style de vie alternatif » (Margolies & coll. 1987). D’autres personnes peuvent avoir besoin d’un travail thérapeutique plus poussé, lorsque l’homophobie intériorisée est secondaire et qu’elle se trouve imbriquée dans une symptomatologie plus complexe incluant traumatismes et troubles de personnalités divers. Les deux phénomènes sociaux que nous venons de décrire contribuent à former et à répandre un nombre important de fausses représentations autour de l’homosexualité féminine et masculine. |
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