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TROISIEME PARTIE: ComplémentDeux fausses croyances nous ont semblé nécessiter un développement plus ample en raison de leur persévérance, malgré les différentes déclarations et prises de positions à leur encontre de la part des divers organismes de santé internationaux. Il s’agit d’une part de la fausse croyance selon laquelle l’homosexualité serait une maladie mentale ou une fixation à un stade régressif du développement libidinal et d’autre part du préjugé stipulant sur la nature immature des relations homosexuelles. Comme l’affirme S.MITCHELL (1978), « l’hypothèse de la normalité de l’hétérosexualité et de la pathologie de l’homosexualité a constitué un obstacle majeur dans les recherches ». En effet, à l’origine, la question qui occupait l’esprit des chercheurs était formulée de la manière suivante : ‘Pourquoi l’homosexualité existe ? Quelle est sa cause ?’. Dans le champ des recherches, la formulation de la problématique à étudier pèse beaucoup sur la méthodologie et donc sur les résultats. Au fil des années…et des déceptions, la formulation de la problématique a évolué. Au lieu de chercher la ou les causes de l’homosexualité, les auteurs posent la problématique de façon plus ample et plus complexe : ‘comment se construit une orientation sexuelle ?’. Cette nouvelle formulation a permis d’aborder les choses de manière plus large, dans toute leur complexité et leur diversité. On a ainsi pu comprendre que l’homosexualité n’est ni le résultat d’une déviation ni d’une fixation quelconque. L’homosexualité constitue l’une des 3 variantes, un des 3 cheminements, une des 3 possibilités que peut prendre le développement d’une orientation sexuelle en construction. A partir de cet angle de vue, les chercheurs ont finalement trouvé des éléments de réponses. Quels sont les facteurs qui jouent un rôle dans la construction de cette orientation sexuelle ? Réponse : Il s’agit plutôt d’une interaction entre différent facteurs. Un facteur biologique (et peut-être génétique), un facteur psychologique et un facteur social. On insiste sur le fait qu’aucun des facteurs n’a le monopole et que les 3 interagissent de manière étroite. Pour compliquer les choses d’avantage, des différences interindividuelles sont apparus parmi les groupes d’homosexuels et parmi les groupes d’hétérosexuels étudiés. En d’autres termes, on ne peut pas parler d’une homosexualité ou d’une hétérosexualité, mais des homosexualités et des hétérosexualités. Ce qui a amené à penser que les 3 facteurs ont un degré d’influence et une intensité différente selon les personnes et que leur interaction peut prendre des formes multiples. C’est la complexité de cette interaction de facteurs qui explique la difficulté à changer l’orientation sexuelle d’une personne. Nous exposerons dans un premier temps l’avancée des recherches du point de vue psychologique et plus particulièrement psychanalytique, puisque c’est la psychanalyse qui a dominé le champ du développement psychosexuel de l’enfant. Dans un deuxième temps, nous aborderons quelques données biologiques. Psychanalyse et homosexualité Avant de présenter en quelques lignes la position classique de la psychanalyse par rapport à l’homosexualité, précisons avec Bell que « la psychanalyse contemporaine est marquée par un pluralisme sans précédent (Gabbard & Westen 2003) et plus spécifiquement, par un processus intense de remise en question de la théorisation traditionnelle concernant le féminin, la différence des sexes, l’homosexualité, la culture et la technique » (S.M BELL, 2005). Le point de vue traditionnel de la psychanalyse à l’égard de l’homosexualité a majoritairement été influencé par les travaux de S.FREUD (1920). Certains psychanalystes ont tenté dans la lignée de Freud d’apporter quelques nuances, dont entre autres K.ABRAHAM (1924), O.FENICHEL (1945), A.FREUD (1965), Ch. SOCARIDES (1978). Ceci dit, tous considèrent l’homosexualité comme le résultat d’une régression ou d’un arrêt du développement psychosexuel, d’une fixation du choix d’objet au stade du narcissisme ou encore d’une déviation. Leurs théories étaient basées sur : Le principe de la suprématie de l’orientation hétérosexuelle considérée être en elle-même l’aboutissement ultime et normal de la sexualité humaine (Hétérosexisme). Quelques patient(e)s homosexuel(le)s seulement, rencontré(e)s en clinique et qui présentaient des symptômes de natures diverses. Les critiques principales visant la conception traditionnelle de l’homosexualité Quels sont les critiques essentielles visant le point de vue traditionnel ? 2- Le deuxième principe fondamental de la psychanalyse est l’autonomisation secondaire. Pour essayer d’expliquer ce principe on a généralement recours à l’exemple de Hartmann illustrant le choix professionnel d’un chirurgien: « les premières pulsions sadiques du chirurgien peuvent bien avoir pu contribuer à son choix de carrière, mais cela ne justifie en rien que son fonctionnement psychique actuel soit principalement motivé par ces mêmes pulsions. C’est l’autonomisation secondaire du fonctionnement psychique par rapport aux premières pulsions sadiques ». De la même manière un choix d’objet homosexuel peut également s’autonomiser par rapport à ses premières motivations tout comme peut l’être un choix d’objet hétérosexuel. Ce qui revient à dire que même un choix d’objet hétérosexuel est le résultat de compromis visant à résoudre les conflits intrapsychiques inévitables à la condition humaine. Nous verrons plus loin avec J. Davies que c’est plus la nature (œdipienne, narcissique, post-œdipienne) qui constitue un critère valable pour l’évaluation du caractère pathologique ou non d’une relation, que le sexe anatomique du choix d’objet d’amour. 3- C’est aussi dans cet esprit que LEWES souligne en 1988 que toutes les orientations sexuelles, y compris l’hétérosexualité, trouvent leurs origines dans les résultats des conflits, des traumas et des inhibitions liés au complexe d’œdipe, à son corollaire le complexe de castration et à la période préœdipienne : DONC LE CARACTERE PATHOLOGIQUE D’UNE ORIENTATION SEXUELLE NE PEUT PAS DEPENDRE DE CES RESULTATS. Nous exposerons plus loin quels sont les critères contemporains qui signent le caractère pathologique ou non d’une orientation sexuelle. 5- S.FREUD a surtout été critiqué sur son ambivalence personnelle par rapport à l’homosexualité et sur sa vision réduite de la sexualité féminine (1937) comme émanant du manque de pénis et de la nécessité d’évoluer du plaisir clitoridien au plaisir vaginal. Cette conception est aujourd’hui obsolète et considérée comme dérivant d’une vision hétérosexiste du monde. C’est cette vision hétérosexiste qui semble avoir interféré dans sa conceptualisation pathologique de l’homosexualité. 6- La présence de symptômes psychiatriques chez des personnes homosexuelles au lieu d’être traitées comme des troubles psychiatriques sont traitées comme étant liés à l’orientation sexuelle des patients, ou alors partageant la même étiologie que l’orientation sexuelle. Il y a eu confusion entre étiologie (origine des troubles) et orientation homosexuelle. Or les auteurs soulignent le fait que de nombreux homosexuels hommes et femmes ne présentent aucun symptômes psychiatriques, ont un fonctionnement psychique bien intégré et n’ont pas recours à une aide psychiatrique (Downey & Friedman, 1998). Cet élément objectif n’est jamais pris en compte dans la littérature psychanalytique. Seuls les personnes homosexuelles présentant des troubles divers de personnalité ou autre ont été suivi, sans comparaison aucune avec des personnes homosexuelles bien intégrées. 7- La littérature classique psychanalytique tend à omettre l’importance et les effets des préjudices sexuels sur la psychodynamique et la psychopathologie des patient(e)s homosexuel(le)s. 8- Downey et Friedman notent que la plupart des psychanalystes ont été élevés dans des milieux hétérosexistes et que cet environnement a certainement influencé les difficultés contre-transférentielles et les biais inconscients vis-à-vis des patients homosexuels. 9- Autre critique de taille adressée aux psychanalystes classiques : la confusion entre réalité psychique et réalité anatomique. Si certains psychanalystes considèrent le choix d’objet homosexuel comme étant un choix narcissique c’est qu’ils considèrent uniquement le sexe anatomique sans prendre en compte la dimension psychique de la différence des sexes ! On ne peut que s’étonner avec J.Ferzli (2007) de ce paradoxe dans une discipline dont l’objet de recherche est justement la réalité psychique : « la rencontre sexuelle est ici interprétée comme une confortation narcissique entre deux individus considérés comme semblables car de même sexe ! ». Aimer quelqu’un ayant le même sexe que soi n’implique aucunement une relation narcissique et peut tout aussi bien revêtir une relation objectale. Nombreuses sont les relations hétérosexuelles basée sur un choix d’objet narcissique sans que cela n’ait trait au sexe anatomique de la personne aimée. C’est dans cette perspective que J.Ferzli propose une vision psychanalytique moins réductrice de l’homosexualité où : « la dialectique du même et de l’autre gagnerait à être envisagée au-delà de l’incarnation biologique ; le concept de narcissisme ne pouvant être illustré ou même explicité par la rencontre charnelle de deux corps de même sexe, au risque d’une réduction bien appauvrissante du discours analytique! ». Nouvelles conceptions psychanalytiques MS. Bergmann (1987) II- Elle ajoute que si les premières relations d’amour ont été satisfaisantes et que la personne peut retrouver des aspects de cette relation dans un nouvel objet d’amour sans réactivation de la culpabilité œdipienne, alors cet amour peut être libre, heureux et sans conflits. Alors que si les premiers objets d’amour ont été moins satisfaisants la personne risquerait à l’âge adulte d’être prise dans un conflit entre retrouver certains aspects de ces premiers objets d’amour et le désir de trouver une relation d’amour plus satisfaisante que ceux-ci. Cela vaut également autant pour les homosexuels que pour les hétérosexuels ayant eu des relations précoces peu satisfaisantes. III- Pour Bergmann, comme pour d’autres psychanalystes contemporains, le problème ne réside pas dans l’identité sexuée de l’objet d’amour (identique ou opposée) mais dans la qualité des relations précoces. Plus les relations précoces seront de qualités plus la personne pourra développer des relations d’objet post-œdipiennes. Elle attire l’attention sur la nature préœdipienne d’une majorité des relations hétérosexuelles sans que jamais quiconque n’ait pensé à en attribuer la cause à l’hétérosexualité elle-même. R.Stoller (1991) R.Isay (1996) Pour Isay : « Si un homme homosexuel désire changer d’orientation sexuelle c’est surtout à cause des blessures narcissiques et de l’intériorisation de valeurs sociales qui ont entravé l’intégration harmonieuse de son orientation sexuelle dans son développement psychoaffectif ». J.M Davies (2003) - Par ailleurs, le processus post-œdipien aboutit à la capacité à tolérer les imperfections de nos objets d’amour, à l’expérience de la déception dépourvue de la mort du désir et à la compréhension que la vraie intimité nécessite une vulnérabilité mutuelle et une interpénétration psychique. Davies affirme que pour pouvoir renoncer il faut avoir pu vivre de manière partagée cet amour idéalisé et parfait qu’est l’amour œdipien. On ne peut renoncer lorsqu’il n’y a rien à renoncer à la base ! La condition pour que l’enfant puisse passer à autre chose une fois adulte c’est «que les manifestations d’amour et de participation soient exprimées de manière claire et suffisante pour que l’enfant puisse les voir et les intérioriser tout en étant exprimées modérément et de manière assez ludique et symbolique pour être vécues avec un sentiment de sécurité et sans trauma ni surexcitations, ni sur un mode défensif ou de déni ». On comprend alors l’importance des capacités du parent à s’autoréguler dans l’expression de soi, de contrôle ainsi que de sa sensibilité. - En suivant cette ligne de pensée Davies introduit un élément nouveau dans la compréhension clinique des difficultés de certaines personnes homosexuelles à passer d’un amour pré-œdipien à un amour post-œdipien, point essentiel sur lequel s’est basée la théorie classique pour décrire les relations homosexuelles comme étant immatures et/ou pathologiques. Il s’agit de la difficulté de certains parents dépositaires des sentiments amoureux et passionnels de leur enfant de même sexe à recevoir, accepter et partager l’expression de ces sentiments. Ainsi, une mère qui serait mal à l’aise face à l’expression de sentiments amoureux de la part de sa petite fille, va lui transmettre ce malaise et bloquerait la capacité de l’enfant à renoncer ultérieurement à un tel amour puisqu’elle ne l’aura jamais pleinement vécu. Ainsi, pour reprendre Davies : « Ce qui est cliniquement important chez les enfants qui semblent d’orienter vers un choix d’objet homosexuel est : le degré d’homophobie potentielle du parent choisi et jusqu’à quel point cette homophobie bloquerait les expériences d’amour idéalisé lorsque l’enfant se tourne vers le parent comme objet d’amour ». - Comme chez Bergmann, l’attention est déplacée de l’orientation sexuelle et du choix d’objet aux qualités des relations précoces : intimité, érotisme et réciprocité profonde et résiliente. L’aboutissement développemental n’est plus l’hétérosexualité, mais la qualité relationnelle quelle que soit l’orientation sexuelle. Quelles sont les caractéristiques d’une relation de qualité ? I- Être capable de négocier des expériences d’inclusion tout autant que des expériences de douloureuses exclusion II- Être autant le sujet que l’objet de désir érotique intense III- Pouvoir apprécier et se réjouir des expériences d’amour réussies tout en acceptant les expériences de pertes, de rejets ou de défaite en relativisant et sans souffrir de sentiment d’humiliation ou de honte ou de chute du désir M. Kirkpatrick (1984) – M. Kirkpatrick a exprimé en 1984 des points de vue alternatifs sur l’homosexualité féminine en se basant sur des recherches psychanalytiques auprès de mères lesbiennes. Elle constate comme l’ont fait d’autres chercheurs que « nombres d’affirmations concernant l’homosexualité tels que une haine du sexe opposé, une régression et une fixation dues à des déceptions œdipiennes et l’intolérance à la découverte de la différence des sexes peuvent tout autant être trouvé chez nombres d’hétérosexuels » (Wolfson 1984). Le modèle masculin qui a amené les psychanalystes à considérer l’aboutissement génital comme un élément organisateur du développement psychosexuel ne s’applique pas nécessairement au développement psychosexuel chez la femme. Dans la sexualité féminine (quelle que soit l’orientation sexuelle), il semblerait que ce soit la quête d’une intimité émotionnelle qui soit le point central : « la vie fantasmatique des filles est plus variée, plus centrée sur les relations interpersonnelles et moins fixée sur le génital que la vie fantasmatique des garçons ». Sur la base du rôle que joue l’intimité émotionnelle dans la sexualité féminine, il semblerait que pour certaines femmes c’est la quête d’intimité qui supplante le désir érotique: « certaines femmes peuvent préférer une relation homosexuelle à cause d’une plus grande intimité alors même qu’elles peuvent avoir des orgasmes plus intenses avec un homme ». La place que prend le besoin d’intimité émotionnelle (plus que le besoin érotique) dans le fonctionnement psychosexuel de la femme, joue un rôle non négligeable chez certaines femmes dans leur orientation homosexuelle. Il existe d’autre part, tout comme chez l’homme, de très nombreuses femmes chez qui l’homosexualité ou la bisexualité n’est pas pathologique. La sexualité féminine est marquée par sa diversité et sa malléabilité comparée à la sexualité masculine. Les auteurs soulignent même l’extrême diversité de femmes homosexuelles ou ayant eu des désirs homosexuels. 1- Association entre envie du pénis pathologique et homosexualité féminine 2- Fantasmes intenses et pathologiques de fusion avec une imago maternelle ambivalente 3- Non résolution des conflits œdipiens menant à identification croisée pathologique Quelques données biologiques Comme le note Friedmann, « il n’est pas possible de proposer de solution « simple » à des problèmes sociaux complexes. Des recherches solidement conçues sur le plan méthodologique soulèvent autant de questions qu’elles ne paraissent en donner (…) et chaque projet de recherche aboutit à un autre, les réponses définitives étant très limitées ». Aussi, même les récentes données biologiques citées ci-dessous attendent encore un consensus général autour de leur validité définitive. Nous avons mentionné plus haut l’existence de différents sous-groupes au sein de l’homosexualité et de l’hétérosexualité. Concernant le sous-groupe chez qui le facteur biologique serait plus important que les autres, les chercheurs privilégient en ce moment l’hypothèse d’une influence hormonale prénatale. Nous insistons sur le fait que c’est une influence qui a lieu in utero. Par conséquent, toute « thérapie hormonale » ultérieure est vaine puisque les dés sur le plan hormonal sont jetés durant la formation de l’embryon. Ceci expliquerait d’ailleurs l’échec des tentatives de conversion des personnes homosexuelles à travers des injections d’androgène durant l’enfance, l’adolescence et l’âge adulte. Il semblerait d’après les études biologiques, génétiques et neurobiologiques que plusieurs parties du cerveau et de la moelle épinière seraient impliquées dans la réponse sexuelle humaine, comme le système nerveux autonome et le système endocrinien. Malgré le fait qu’une influence génétique est indiscutable dans le cas de l’orientation sexuelle féminine et masculine, les mécanismes qui régulent cette influence restent encore à déterminer. Par ailleurs, nombre de jumeaux monozygotes (ayant le même patrimoine génétique) divergent sur le plan de l’homosexualité. Cette divergence laisse la voie libre au rôle que peuvent jouer les facteurs psychosociaux sur l’orientation sexuelle. Ci-dessous, quelques données biologiques importantes concernant la sexualité humaine. Les données numérotées de 1 à 5 ont déjà reçu un consensus général depuis bien longtemps. La donnée 6 est encore en cours de validation à l’heure actuelle, le consensus général n’étant pas encore atteint. 1- Le processus de différenciation sexuelle est programmé par des signaux séquentiels qui sont transmis à partir des gènes jusqu’aux gonades (futurs organes sexuels) et jusqu’aux multiples organes finaux du corps. 2- Le code génétique détermine donc la différenciation des gonades en testicules ou en ovaires 3- Si la différenciation est masculine (XY), les testicules du fœtus sécrètent de la testostérone à partir du 4ème mois de la grossesse. 4- La testostérone masculinise les tissus et influence la différenciation du cerveau à partir du 3ème trimestre (à savoir que le cerveau masculin diffère du cerveau féminin). 5- S’il n’y a pas de sécrétions d’androgène par les gonades du fœtus alors l’organisme est féminin (Money & Ehrhardt 1972). 6- Des chercheurs ont étudié, de façon rétrospective, le comportement sexué et non sexué durant l’enfance de femmes et d’hommes présentant une hyperplasie congénitale des glandes surrénales (M. Hines, Ch. Brook, Charles, G.S Conway, 2004 et De Vries & Simerly, 2002). Ils ont démontré l’influence des androgènes sur le cerveau de l’embryon. D’après ces études, le taux d’androgène prénatal entraînerait une réaction en chaîne qui pourrait aller jusqu’à créer les différences qu’on connaît entre hommes et femmes au niveau des comportements sexués et non sexués. Y figureraient entre autre, les comportements de jeux liés à l’identité de genre de l’enfant (gender role behavior). Ainsi, il semblerait que les filles qui ont été sous l’influence d’une sécrétion d’androgène périnatale préfèreraient les jeux typiquement masculins comme les jeux de lutte « rough-and-tumble play ». Cette préférence se manifesterait dès les premières années, c’est-à-dire à un moment où les identifications psychologiques ne se sont pas encore installées. Par contre, les garçons qui ont eu durant la période prénatale un taux relativement faible d’androgène auraient tendance à rejeter durant la première enfance les jeux typiquement masculins. Et c’est probablement là, suggèrent les chercheurs, que le modèle psychanalytique d’identification masculine ou féminine pourrait avoir un rôle important dans l’orientation sexuelle (Friedman & Downey 1993 a, b). Pour illustrer cette idée, prenons l’exemple d’un petit garçon qui n’est pas attiré par les jeux de lutte (conséquence supposée de l’influence du taux de sécrétion d’androgène durant la période prénatale). Cette caractéristique comportementale de l’enfant (issue donc du biologique) va forcément entrainer une foule de réactions de la part de son environnement, en fonction de la culture et des personnalités propres des deux parents. Ces réactions vont à leur tour influencer de diverses manières les choix inconscients d’identifications de l’enfant. Imaginons donc que le père de ce garçon ne comprend pas les préférences de son fils pour des jeux considérés comme féminins. Il pourrait tenter dans un premier temps, d’orienter son fils vers des activités considérées comme plus masculines. Père et fils font des efforts pour se rapprocher mais les déceptions mutuelles ne sont pas bien loin car le garçon ne semble pas prendre plaisir à ces activités. Une distance émotionnelle s’installe alors entre eux et risque de rendre les identifications du garçon à son père ou à certains aspects de son père plus difficiles. Entre temps, il se pourrait que la mère tente, consciemment ou inconsciemment, de compenser la distance relationnelle père-fils par un rapprochement et une intensification de sa relation à son fils, favorisant du coup les identifications croisées (fils-mère). On pourrait également imaginer un scénario inversement équivalent pour la petite fille attirée par les jeux de lutte. On rencontre fréquemment dans la clinque une multitude d’autres scénarios qui peuvent soit expliquer une orientation hétérosexuelle soit une orientation homosexuelle sans qu’aucune ne soit nécessairement pathologique mais plutôt le résultat d’un cheminement complexe. Il est important de ne pas perdre de vue l’idée que ces caractéristiques ne s’appliquent pas nécessairement à toutes les personnes homosexuelles car comme nous l’avons déjà mentionné, il existe des homosexualités et des hétérosexualités. Prenant en considération l’apport de toutes les disciplines, une majorité de chercheurs affirme aujourd’hui qu’il existe indubitablement une interaction entre les facteurs génétiques, hormonaux et psychosociaux dans la construction de toute orientation sexuelle. |
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