Conclusion

Le caractère non pathologique de l’homosexualité ayant été démontré, il existe également un sous-groupe où l’orientation sexuelle a été le résultat d’interactions psychodynamiques pathologiques et de réponses pathologiques à des conflits inconscients. Il est fort probable que ce soit l’existence de ce sous-groupe, dont les individus sont plus enclins à former la clientèle des psychanalystes, qui ait aboutit à la généralisation de l’homosexualité comme pathologie dans la littérature psychanalytique.

La même remarque s’applique à l’hétérosexualité (résultat d’interactions psychodynamiques pathologiques et de réponses pathologiques à des conflits inconscients) pourtant cette dernière n’a jamais été définie comme pathologique. On peut en attribuer la cause à l’influence hétérosexiste majoritaire dans notre culture. Dans le cas d’une hétérosexualité, les comportements, fantasmes et attitudes sont valorisée par la société et il est par conséquent difficile pour le clinicien de les reconnaître comme étant des manifestations pathologiques. Or ces souhaits peuvent être le résultat inadapté de conflits inconscients et peuvent tout autant provoquer détresse et mal-être chez les personnes concernées.

La non résolution des conflits œdipiens n’est certainement pas l’apanage d’une orientation homosexuelle ou bisexuelle puisque la littérature psychanalytique abonde en exemple chez des patients hétérosexuels ! Même si dans certains cas les conflits œdipiens non résolus ont un rôle dans le développement d’une orientation sexuelle particulière, on ne peut confondre étiologie et psychodynamique. Une attitude professionnelle clinique serait de tolérer l’ambiguïté sans recourir à des conclusions hâtives et saturées concernant l’orientation sexuelle d’un patient. Nous sommes dans cette perspective d’accord avec J. Davies lorsqu’elle suggère que « le complexe d’œdipe n’est jamais vraiment résolu, mais que ses dérivés trouvent leur cours dans une multiplicité de configurations de relation à l’autre et donnent à nos relations sexuelles et amoureuses adultes une coloration et une texture spécifique et unique ».

Comme le notent Friedman et Downey : « Peut-être parce que Freud a été le créateur de la psychanalyse, nombre de psychanalystes semblent avoir la même difficulté lorsqu’il s’agit de renoncer à d’anciennes théorisations prouvées comme n’étant pas valides ».

Quoi qu’il en soit, le glossaire psychanalytique de Moore & Fine (1990) publié sous l’égide de l’Association Américaine de Psychanalyse (APA) a formellement discrédité l’ancien modèle pathologique de l’homosexualité : « Nombreux sont les homosexuels qui montrent une capacité à mener une vie adaptée sans symptômes significatifs relevant de la psychopathologie…Les homosexuels, hommes et femmes, tout comme les hétérosexuels, sont capables de maturité et de stabilité dans leur liens d’attachements, même si l’on retrouve dans ces deux orientations des individus qui peuvent être masochistes, narcissiques, dépressifs, état-limites ou psychotiques » (pp.86-87).